Frédéric Touvard, enseignant au Cnam Paris, coah en innovation
Intervention de Frédéric Touvard, enseignant au Cnam Paris, coah en innovation Promising- LdI - Frédéric Touvard - 8 janvier 2018
ConférenceInnovation

Innovation insolente pour architecte indomptable

16 janvier 2018
A travers l’histoire de Brunelleschi et la conception du dôme de la cathédrale de Florence, Frédéric Touvard a décrypté ces moments dérobés où s’est immiscée l’innovation en silence, celle qui a permis à un « non architecte » de bâtir la plus grande coupole maçonnée au monde en un temps record et de manière disruptive.


Comment expliquer la réussite d’une innovation, quels sont les moments à ne pas rater ? Certains vont faire appel à la stratégie, à la gestion, au processus, aux compétences…D’autres vont plutôt décrire des chemins détournés, lié au hasard, à des détours inexpliqués…Qu’est ce qui fait que l’innovation arrive là où on ne l'attendait pas, par quelqu’un d’autre, un outsider, qui accélère à un rythme impensable, bénéficie d’une chance, d’un état de grâce où tout réussi.

Retour sur la conférence du 8 janvier 2018 de Frédéric Touvard lors des Lundis de l'Innovation.

Une innovation de rupture dans le secteur de la construction : l’exemple de la cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence

La construction de la cathédrale Santa Maria del Fiore débute en 1296 et s'achèvera en 1436. Nombreux sont ceux qui ont participé de près ou de loin à la construction de ce bâtiment mais l’Histoire n’en retiendra qu’un, en la personne de Filippo Brunelleschi.

Cet orfèvre de formation est à l’origine de l’une des plus grandes innovations architecturales de la Renaissance. Ainsi, avec plus de 40 mètres de diamètre, Brunelleschi a construit le plus grand dôme maçonné à ce jour. Cette oeuvre architecturale a permis à la ville de Florence d’entrer dans la modernité, à une époque où la concurrence avec d’autres grandes cités fait rage (Florence, Sienne, Pise).

L’histoire de cette cathédrale est donc, en grande partie, liée à celle de Filippo Brunelleschi qui innovera à plusieurs niveaux :
  • un défi de conception : il invente une méthode de conception du dôme avec un nouveau système d'agencement des briques ; un système de levage, tracté par des animaux ; un système de cordeau pour mesurer et enfin il réalise un prototype pour obtenir la confiance des décisionnaires.
  • un défi stratégique : Brunelleschi fait le choix de ne pas dévoiler ses plans.  Il souhaite faire ses preuves par les faits, il a peur de se faire voler son idée en la dévoilant, se sachant en avance sur son temps et il ne souhaite pas faire peur aux décisionnaires.

Moments clés et compétences de l'innovation

Les concepts clés à retenir dans cette expérience d’innovation disruptive sont les suivants :
  • La compétition : qui révèle l’orgueil et engendre l’énergie indispensable pour innover.
  • La frustration qui génère la nécessité de bouger ses lignes, d’aller voir ailleurs… Qui alimente l’ambition de s’enrichir et de se construire, de trouver des concepts étonnants et disruptifs.
  • L’échec lui ayant permis de relever le double enjeu narcissique et identificatoire, de disposer de l’énergie pour retrouver la cohésion entre ses aspirations et ses succès, lui permettre la reconstruction de son égo et le dépassement de soi, en s’identifiant à une réalisation qui surpassera tout ce qui avait pu être réalisé à l’époque.
  • Etre un outsider du métier, ou s’autoriser à l’être, c’est-à-dire, savoir mettre ses acquis de côté. Disposer (ou se forcer à disposer) d’un œil neuf et extérieur permet de s’autoriser des idées que les spécialistes formés aux techniques connues et habituelles n’osent pas, ou même, ne peuvent même pas imaginer.
  • L’exploration de nouvelles connaissances en s’inspirant de réalisations extérieures à son environnement direct, assemblées en parties, comme un puzzle, de connaissances disparates déjà pratiquées sur d’autres projets, y compris sur des techniques anciennes oubliées.
  • Brunelleschi est le premier architecte à avoir compris qu'un chantier doit s'accompagner de ce qu'on appelle aujourd'hui une "campagne de communication". Il disposait de qualités de leadership, et a su susciter l’engouement sans plan, sans détail, en donnant confiance. Il s’est basé uniquement sur sa propre capacité de conviction, sans tomber dans la justification défensive, sans démontrer son projet étape par étape.
  • La rationalisation sans la standardisation ; la rationalisation est intéressante, a contrario, la standardisation évite de se poser des questions mais limite l’innovation.
  • Les instruments (ou machines) supports de l’objet d’innovation qui participent à ce qu’elle soit plus rapidement terminée (gain de temps = avantage concurrentiel).
  • Le prototypage, pour rendre l’objet final palpable, pour sensibiliser, convaincre les détracteurs, former et fédérer les équipes.
  • La capacité à équilibrer et faire interagir les compromis dans le projet sans que l’un des métiers prenne le lead sur l’autre : le marketing, le designer et l'architecte.

Le génie de la conception

L’innovation démontrée par Filippo Brunelleschi, c’est le génie de la conception, basé sur la combinaison de capacités inventives et créatrices, de techniques oubliées et de secrets percés, allié à des capacités très structurées de réalisation, le tout mené par un personnage ambitieux, secret, et extrêmement déterminé, disposant de leadership pour convaincre les juges et mener les équipes vers l’objectif sans faillir.

Nous pouvons apparenter l’ambition de ce projet à celui de la fondation Louis Vuitton qui se joue de la pesanteur et repousse les frontières de l’architecture traditionnelle. Comme Filippo Brunelleschi, son architecte, Franck Gehry, est animé par une quête permanente d’innovation et de sens, et ses maçons ont relevé de nombreux défis jusque-là inédits, de la conception du projet jusqu’aux finitions de l’ouvrage.

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Date de la conférence : 8 janvier 2018
Lieu : MSH Alpes

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Mis à jour le  20 février 2018